L'éditorial de la revue Art juillet-août 1964 commente la réalisation de BELMONT
 
(c) Revue Art Sacré
L'église d'un grand ensemble
 
Voici l’une des très rares églises françaises d’aujourd’hui qui nous révèle le visage vivant et achevé de l’église pour notre temps. Depuis Ronchamp et l’Arbresle nous n’avions plus eu cette révélation d’une plénitude, nous n’avions pas retrouvé cette perfection de qualité et d’invention.
 
L’œuvre déjà réalisée à Mazamet par J. Belmont, les plans qu’il avait présentés pour le concours, laissaient prévoir que Sainte-Bernadette de Dijon serait une belle réalisation. Le résultat dépasse encore notre attente et notre espérance.
 
Le plus étonnant peut-être dans cette création, sa qualité la plus rare, est la façon simple qu’elle a de résoudre les problèmes les plus difficiles  en harmonisant des données apparemment contradictoires. Cela dénote une grande maîtrise des procédés constructifs et une profonde connaissance de la fonction de l’église.
 
Dans le morne bilan des lieux de culte actuels, il est peu fréquent de trouver le juste milieu entre le simplisme indigent et les recherches échevelées. La sécheresse de l’un, le délire intempérant des autres, résolvent fort mal les véritables problèmes que pose la conception d’une église. À vrai dire, la plupart des architectes ne les formulent même pas ou les escamotent.
 
Ici, toutes les facultés d’invention et d’imagination sont mobilisées pour trouver les réponses les plus harmonieusement simples à des questions complexes. Loin de rechercher et de mettre en évidence le tour de force, Belmont le fuit et, si parfois il y est acculé, il n’en tire pas d’effet spectaculaire. De là vient l’équilibre de ses œuvres, cette sorte de classicisme qui est leur marque. Elles sont calmes et pacifiantes.
 
Cette simplicité, aboutissement d’un long labeur, cache d’ailleurs aux esprits légers tout ce qu’il y a de sensible et de raffiné dans un tel dépouillement. La qualité profonde de ce travail échappe à ceux qui confondent l’architecture moderne avec le sensationnel et l’extravagant.
 
À propos de Sainte Bernadette, certains ont prononcé le mot « triomphalisme », cette étiquette à la mode qu’il est de bon ton de coller aujourd’hui à tort et à travers. Les valeurs engagées sont trop graves pour que l’on puisse répondre en quelques lignes. Nous avons l’intention de les étudier sérieusement dans notre prochain numéro. Disons simplement qu’il ne faut pas confondre perfection et poésie avec triomphalisme. Le rayonnement de la beauté n’a rien de commun avec l’étalage de la puissance. Mais l’éclat de la pauvreté évangélique n’a rien à voir non plus avec le tapage des médiocres.
 
Source : Revue « L’art sacré », Juillet-Août 1964
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