Entretien avec le Père Pierre BROUSSOLE, Vicaire avant la construction de l'église
 
(c) février 2014
Le Père BROUSSOLE a été vicaire à Ste Bernadette de 1958 à 1961, donc avant la construction de l’église. Il nous parle du Père VINCENEUX, et du Père Pierre STOLZ.
 
Logement
Pierre Stolz, Monsieur le Curé et moi, avons logé aux Lochères . C’était la promiscuité…Ce qui était sympathique, quand on parcourait les coursives nord, on avait les odeurs des cuisines du monde : paëlla, sardines portugaises, couscous… On entendait les engueulades.
Ce n’étaient que des jeunes ménages, il y avait énormément d’enfants, au catéchisme on était débordé par les gosses.
 
Patronage
Et il y avait le patronage : le patro des filles organisé par les religieuses, le patro des garçons avec l’abbé Stolz. Avec l’arrivée de la télé, les patronages de la semaine ont fondu ! On faisait des sorties  sur les friches, à Chenôve, à Messigny, avec les séminaristes, en soutane.
Petite anecdote.
Un jour on voit arriver six jeunes gens, qui disent bonjour aux gamins. Le père Stolz en les voyant dit : « on va bien rigoler ! ». Il dit au chef moniteur de les accueillir, de les faire monter dans les bus. En arrivant sur les friches de Messigny, quand ils nous ont vu sortir  en soutane, ils ont été…pas terrorisés, mais surpris : « On s’est trompé de patro, on allait à d’Alembert, et on est tombé chez les curés ! ».
Il y avait des guides, des louvettes, pas de scouts garçons.
 
L’argent, et le reste
Le père Vinceneux sillonnait le département pour récupérer de l’argent, des dons en nature… Toute la semaine, nous étions tranquilles comme baptiste ! Il nous demandait à nous aussi de récolter des dons, nous avions des connaissances dans nos familles, Pierre Stolz avait des amis vignerons, qui lui donnait du vin. Il le gardait pour les bénévoles qui nous aidaient, et le père Vinceneux louchait un peu vers les caisses qui partaient…ailleurs.
Il était très soucieux de construction, il parlait assez souvent d’argent, d’une manière même maladroite. J’ai vu une famille sortir de la chapelle provisoire quand il a dit qu’il aimerait mieux n’avoir que des billets dans la quête. Le papa a dit à sa femme : »chérie on n’a plus notre place ici ».Et ils sont partis. Notre curé était tellement enthousiaste !
 

Le père Vinceneux avait une secrétaire salariée qui était championne de sténo-dactylo ! Et il y avait beaucoup de courrier à faire. Elle tenait le fichier des donateurs. Et aussi, chaque personne baptisée (ou supposée baptisée…) « Bernadette » recevait de Lourdes, sous forme d’une carte postale manuscrite, un appel à faire un don.
Il fallait aussi distribuer les enveloppes du Denier du Culte. Combien de fois, dans les immeubles, nous-a-t-on déchiré les enveloppes sous le nez !
 
Cérémonies
Il y avait de très belles cérémonies. Par exemple :
En 1959, la relique du cœur du curé d’Ars, qui faisait le tour des diocèses de France, s’est arrêtée à Dijon, et plus particulièrement à l’emplacement de la future église Sainte Bernadette. Une grande croix blanche avait été dressée ; a côté, sur un autel provisoire, la châsse fut déposée. Après plusieurs prises de parole, l’évêque de Dijon (Monseigneur Sembel) bénit la croix dressée, puis, après lecture de la Charte des Compagnons bâtisseurs de l’église Sainte Bernadette, ces derniers reçurent à leur tour la bénédiction de Mgr l’évêque.
Ce fut ensuite le défilé des fidèles qui souhaitaient vénérer la relique. » (d’après un article du Bien Public du 18.10.1959)
J’ai passé une heure un chiffon dans chaque main à essuyer le reliquaire après chaque fidèle…Très priant, mais pittoresque…
Les processions de la Fête Dieu
De la chapelle provisoire, nous prenions la rue d’Alembert, puis la rue d’York (pratiquement d’un bout à l’autre), en nous faisant insulter par les gens des immeubles HLM déjà construits . Toute la rue d’York était habitée par des ouvriers, plutôt hostiles. Moi j’étais mal à l’aise, je trouvais que c’était de la provocation, mais le père Vinceneux n’a rien voulu entendre. Toujours son enthousiasme à évangéliser…
 
Le passage du Général de Gaulle
Le général de Gaule est venu à Dijon (en 1958 ? 1959 ?). Pour avoir des sous, le père Vinceneux a accroché une grande banderole sur la cité paroissiale « Ici nous construisons une église ». Mais de Gaule est passé sans regarder, sans s’arrêter. Un père curé un peu naïf…
 
Les kermesses
La kermesse c’était la fête de la paroisse, mais aussi la fête du quartier. La vie de quartier était assez intense. Beaucoup de gens venaient, on se déguisait…Il y avait les gens qui construisaient, il y avait des ruraux.
 
Les activités pour les jeunes
Elles se faisaient à la cité paroissiale. Il y avait de la place, mais c’était très bruyant. Au départ, il devait y avoir 3 étages, pour faire une école catholique.
Les filles c’étaient les Cap qui  s’en occupaient (= catéchistes auxiliaires paroissiales, créées par Mgr SEMBEL, des laïques consacrées qui faisaient des vœux annuels privés).Personnellement je faisais le catéchisme aux filles dans une salle très sonore dont je garde un souvenir douloureux.
Je me souviens des messes des enfants dans la salle des fêtes, ils étaient très nombreux, la messe était en latin, les abbés étaient « surveillants » et lisaient les textes en français. Nous étions submergés par le nombre d’enfants.
L’abbé Stolz avait les garçons. Son chien de berger, très bien dressé,  l’accompagnait partout. Parfois il l’envoyait dans les  catés pour ramener le calme… Il avait une bonne connaissance des gens du quartier qu’il avait vu construire. Il y avait toujours beaucoup de monde dans son bureau.
Il y avait aussi des Cœurs vaillants, des Ames vaillantes et des Jeannettes.
 
Les groupes adultes
Les groupes de Légion de Marie était nombreux (hommes,  femmes, jeunes)
J’ai aussi été aumônier des ACO (Action Catholique ouvrière),) et également avec l’ ACI (action catholique des classes moyennes).Leur devise était « voir, juger, agir »(devise reprise par Vatican II).
L’Action Catholique générale des femmes avait plusieurs équipes, très proches de la vie des quartiers.
L’Hospitalité de Lourdes avait un local sous le préau de la cité.
 

Le choix de l’église
C’était en 1959-1960, il y a eu la réunion décisive pour le choix du projet. Il y avait le vicaire général, des architectes et une délégation du Comité National de l’Art Sacré. Il fallait choisir entre 3 projets, il y a eu un accord rapide sur le projet de Monsieur Belmont. En effet on a beaucoup poussé pour avoir une église « moderne ». Or il y avait beaucoup de projets « classiques », médiocres (style Saint Bernard de Dijon). Ce fut un grand moment pour la paroisse. Mais il y a eu des discussions avec le Père Vinceneux. Nous vicaires,  nous demandions un projet moins monumental pour pouvoir aussi construire une chapelle à l’autre bout du quartier vers la rue d’York, pour qu’il y ait là-bas un lieu chrétien.
Au départ, les piliers devaient porter des séparations pour les bas-côtés..
Le chœur (céleste) est séparé de l’escalier, pour indiquer le passage entre la terre et le ciel, vers lequel nous montons par les escaliers.Le baptistère tel qu’il est placé montre le lien entre le baptême et l’eucharistie, on n’a pas retenu l’aspect catéchumenal (l’accueil, le seuil). Pour le père Régamet (de l’Art Sacré) le baptistère devait faire partie de l’église.
 
La Grande Mission de 1961
Il y a d’abord eu des enquêtes. Dans les années 1960, beaucoup étaient baptisés, mais indifférents. Dans chaque paroisse étaient envoyés un ou deux missionnaires
Les missionnaires étaient jeunes, ils faisaient des visites, des réunions de quartier, il s’agissait de faire évoluer la pastorale vers plus d’écoute des autres, moins sur la piété.
« Que veut être cette Mission ? Le moyen pour nous d’être davantage le peuple de Dieu, vivant de la foi et ardent au service des autres.
La tâche est immense, car beaucoup de baptisés vivent pratiquement sans que leur vie familiale, professionnelle ou sociale soit marquée par toutes les principales exigences  du christianisme. Qui les aidera à découvrir ces exigences ?
On croit trop facilement que seuls les prêtres sont responsables du travail d’évangélisation. C’est une erreur, car les chrétiens placés providentiellement en pleine pâte humaine ont aussi le devoir de porter témoignage de l’évangile.
La Mission de Dijon sera ce qu’ensemble nous allons la faire… »
(extrait d’une lettre de Monseigneur Sembel, evêque de Dijon, en date du 4 novembre 1960 )
 
Ensuite j’ai été muté à Saint Pierre, j’ai changé de pays ! Il y avait beaucoup moins de tension.
 
Témoignage du Père Pierre BROUSSOLE - reproduction et diffusion avec l'aimable autorisation de l'auteur)
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