Entretien avec le Père Emmanuel PIC qui a passé 18 sur la paroisse de 1989 à 2007
 
(c) mars 2014
Le Père Emmanuel PIC a passé 18 ans à Sainte Bernadette entre 1989 et 2007 :
* 4 ans comme vicaire, en parallèle avec le CCU (Centre Catholique Universitaire)
* 5 ans comme prêtre auxiliaire (période pendant laquelle il était aumônier des scouts et aumônier du Lycée Eiffel)
* 9 ans comme curé.
 

La paroisse a beaucoup changé.
Au cours de ces années, la paroisse a beaucoup changé. Les effectifs du catéchisme ont énormément baissé (de 60 à 10). La raison en était bien simple, il n’y avait plus d’enfants chrétiens dans les écoles. Je me rappelle une réunion d’aumônerie en 4e, où on avait posé la question « Est-ce que je parle de Dieu chez moi ? ». Tout le monde a répondu « Jamais ! », sauf une élève qui était la seule catholique de sa classe. En fait elles étaient deux chrétiennes : une catholique et une pentecôtiste. Les autres étaient intéressés : c’était exotique !
Et puis il y avait le vieillissement de la population catholique.
 
La messe du dimanche, le groupe scout et l’aumônerie
Ce qui restait très vivant, c’était la messe du dimanche, même s’il y avait de moins en moins de monde, et le groupe scout, même si les jeunes n’étaient pas du quartier.
 
Il y a eu deux tentatives avec les scouts en direction des jeunes du quartier (« opération Plein Vent »), qui n’ont rien donné. L’objectif était de développer le scoutisme dans le quartier, mais cela n’a pas accroché.
 
Le groupe scout Sainte Bernadette est depuis très longtemps le plus gros groupe de Dijon. Sainte Bernadette, c’était le lieu où ils se retrouvaient pour la messe, ce qui est beaucoup moins le cas maintenant.
 
Les scouts, c’était un des éléments qui faisaient de Sainte Bernadette une paroisse « jeune », avec l’aumônerie.
 
L’aumônerie était un lieu extrêmement dynamique, avec les Journées d’Amitié (J.A.) créées par le Père Guy VINCENT : des tas de jeunes (qui souvent n’habitaient pas le quartier) en gardent des souvenirs extraordinaires…Les JA ont vraiment été un creuset de la vie paroissiale ; toutes les générations y participaient : grands jeunes, parents, grands-parents même.
 

Une période compliquée  - La Conférence Saint Vincent de Paul
Ce qui a pris beaucoup d’importance à ce moment-là, c’est la Conférence Saint Vincent de Paul, avec en particulier l’aide aux devoirs, et la distribution de colis alimentaires tous les mois.
 
C’était une période compliquée, avec une paroisse où il y avait peu de gens du quartier. Mais il y avait aussi, en plus des Grésilles , le quartier Montmuzard, qui était resté un peu plus chrétien, beaucoup d’enfants allaient à l’Ecole Saint Dominique.
 
En même temps, c’était très intéressant, d’abord cela nous a obligés à réfléchir à notre présence dans le quartier, d’où le développement de Saint Vincent de Paul,  une présence symbolique aussi, pour continuer d’affirmer que l’Eglise Catholique était bien présente dans le quartier, y compris avec la communauté musulmane.
 


Sainte Bernadette et les musulmans
Depuis le Père LENEUF, la communauté musulmane se réunissait dans des locaux paroissiaux.
Cela a commencé un jour de l’Epiphanie… Une délégation de trois musulmans est venue trouver le Père Leneuf : «  Auriez-vous un lieu pour nous accueillir ? » Comme c’était l’Epiphanie, le Père Leneuf les a accueillis et leur a prêté une salle.
 
A la fin cela devenait compliqué, parce qu’il y avait énormément de monde, à tel point que le vendredi il y avait des problèmes d’accès pour les obsèques. Le Père GUY s’est alors occupé de trouver un local, il y a eu un projet vers la place Saint-Exupéry, mais la municipalité a refusé.
 
Cela a duré 20 ans, de 1978 à 1998. Ils sont partis au moment où je suis arrivé comme curé. Le souvenir de ces 20 ans reste, des liens d’amitié s’étaient créés.
 
A part les bêtises de quelques gamins ou jeunes, il n’y a jamais eu d’incident. L’église a toujours été respectée. Il n’y a jamais eu aucun problème entre les communautés religieuses dans ce quartier.
 
Je me rappelle, au moment où se sont créés les conseils de quartier, se sont retrouvés ensemble le trésorier de la paroisse (M. André GERARD) et celui de la mosquée !
 
C’était vraiment une chance pour nous, car le quartier était devenu violent au début des années 2000. Il a fallu s’y faire.
 
Après le départ des musulmans, pour garder un contact avec l’Islam, j’ai accueilli pendant trois mois un étudiant algérien, à la cité paroissiale. Il a même fait un remplacement au secrétariat !
 
Il y a eu un groupe de jeunes « chrétiens-musulmans »  les séminaristes étaient très « branchés » là-dessus, les jeunes, catholiques et musulmans, se voyaient beaucoup.
 
Et un épisode avec le patron de la boucherie « hallal », dont le fils avait eu la main arrachée par le hachoir à viande, la Conférence Saint Vincent de Paul de la paroisse a avancé les fonds pour l’opération et ce monsieur est venu remercier à la messe. C’était très beau.
 
La présence des Sœurs de Cluny (qui sont restées au moins 30 ans dans le quartier) a été très importante auprès des familles musulmanes.
Leur présence était discrète mais très efficace, elles se sont beaucoup investies dans la catéchèse.
 
Les équipes « Obsèques », « Baptême », l’E.A.P., le regroupement des paroisses
L’Eglise dans le quartier s’est aussi manifestée par l’équipe « Obsèques » et l’équipe « Baptêmes » : c’était important pour le lien avec les familles.
Et il y a eu le lancement de la première E.A.P….
Quant au regroupement des paroisses, il a été facilité par le fait que les jeunes de Saint Apollinaire allaient au collège Champollion qui était sur la paroisse Sainte Bernadette.
 

Le classement de l’église
Le travail pour le classement de l’église a été important, c’est la reconnaissance de la présence de l’église dans le quartier. Cela nous a permis d’avoir un contact avec la municipalité.
Les relations étaient très agréables aux Grésilles, avec Madame BERNARD, qui était une femme remarquable, et aussi le Docteur JACQUET qui a été très proche de la paroisse tout au long de son mandat municipal, sans oublier Mme POPARD pour le Conseil Général.
Nous avons aussi été consultés pour le plan d’urbanisme
 
C’était un quartier très agréable à vivre, je le regrette ! Les gens se connaissaient, l’église était au cœur du quartier, au cœur des commerces (au bureau de tabac, on apprenait les dernières nouvelles). …Elle ne l’est plus et c’est un peu dommage.
 
Témoignage du Père Emmanuel PIC - reproduction et diffusion avec l'aimable autorisation de l'auteur)
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