Vue aérienne des deux opérations contrastées engagées sur le quartier des Grésilles, lotissement et grandes barres
(c) Le Pèlerin - 1958
Naissance du quartier
 
Vers 1950, prend fin le temps des rationnements et des grandes pénuries, mais le manque de logements reste criant. (…) C’est dans ce contexte que la Municipalité décide, en novembre 1949, d’acquérir, par voie d’expropriation, 13 hectares de terrain situé sur la colline des Grésilles pour, d’une part, aménager le boulevard (actuel boulevard des Martyrs de la Résistance) prévu au plan d’aménagement qu’elle a adopté le mois précédent, et d’autre part, réaliser un lotissement après remembrement des parcelles. Il s’agit, en fait, de compléter des acquisitions déjà effectuées, en 1941, avec l’idée, restée sans suite, d’ouvrir ce boulevard. (…) Pour le lotissement, on s’appuie sur un plan guide esquissé par Georges Sébille à l’occasion de l’élaboration du plan d’aménagement. C’est la naissance du futur quartier des Grésilles (…)
Le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (m.r.u.) confie, en novembre 1951, à Henri Calsat (1905-1991), architecte-urbaniste et ingénieur, l’étude d’un plan directeur de l’ensemble de la colline des Grésilles, soit 54 hectares  (…)
Il y a une divergence de vues entre les représentants de l’Administration municipale et ceux du m.r.u. Les premiers sont imprégnés des principes et des pratiques des années 1930, que Georges Sébille a d’ailleurs renforcés, en cohérence avec les idées du courant de « l’Ecole française d’urbanisme ». Les seconds, conscients des grandes mutations à opérer pour répondre au défi de la croissance urbaine, sont porteurs des théories du « Mouvement Moderne » dont Le Corbusier est le leader en France.
Le projet de plan, mis au point par Henri Calsat et approuvé par le Conseil municipal le 5 octobre 1953, s’inscrit-il dans un subtil mélange de ces deux courants majeurs (…). Il prévoit la construction de 2.513 logements (dont 780 maisons individuelles) pouvant accueillir environ 10.000 habitants (…)
Mais, l’évènement crucial, c’est, dès 1953, la décision d'édifier, dans le futur quartier, une grande cité initialement envisagée sur un autre site, la cité Billardon. La construction, en 18 mois, de cet impressionnant immeuble de 252 logements répond aux préconisations d’industrialisation du bâtiment prônées par le m.r.u. Cette construction enclenche le processus de développement rapide du quartier, mais, surtout par son impact, elle annonce son image pour des décennies.
Dans le même temps, la Société coopérative de construction « La Bourguignonne » engage l’édification de 37 maisons groupées  (architecte  Jean Balme) sur le lotissement (arrêté préfectoral du 25 novembre 1953) ouvert par la Ville sur les terrains dont l’acquisition a été décidée en novembre 1949 pour la réalisation du futur boulevard des Martyrs de la Résistance.
Ces deux opérations, extrêmement contrastées, au niveau de l’échelle, de la forme, de la conception, des modalités de construction, etc., illustrent, parfaitement, les deux postures, déjà évoquées, qui cohabitent un temps (…).
Pour l’Etat, l’objectif est de construire vite, beaucoup et à moindre coût, de manière à répondre à l’énorme pression de la demande et aux besoins de l’économie du moment.
C’est précisément l’une des originalités du quartier des Grésilles, grand ensemble avant l'établissement de la procédure  de zone à urbaniser en priorité instituée seulement en 1958 ainsi que de présenter, clairement, ces deux formes urbaines situées, grosso modo, de part et d’autre du boulevard des Martyrs de la Résistance.
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Courant 1953, « l’Unité d’habitation des Varennes » passe à 14 étages avec 220 logements et prend le nom de Cité Jean Billardon en souvenir du Président de l’Office h.b.m. récemment décédé (1889-1953).
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La cité Billardon apparaît donc comme une remarquable réalisation urbanistique et architecturale qui fait la une des revues spécialisées de l’époque et qui a été, à nouveau, présentée en 2001 dans deux importantes rétrospectives sur l’urbanisme et l’architecture du XXe siècle (Le Moniteur et la revue Urbanisme).
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Malgré les interrogations critiques de certains membres du Conseil municipal sur la pérennité de ce type de « produit-logement », voire certaines remarques émanant du public, l’opération est reconduite pour réaliser en 1956 et 1957 deux autres cités du même type : « Epirey » et « Les Lochères ».
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Développement du quartier
 
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Selon les principes édictés par la « charte d’Athènes », les immeubles barres sont « posés » au cœur des îlots et bénéficient de larges dégagements pour laisser pénétrer l’air et le soleil dans les appartements. Les circulations automobiles sont rejetées en périphérie.
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Dès 1960, (…) l’o.p.h.l.m. engage la construction de 860 logements financés par l’Etat, par reconduction du « secteur industrialisé » récemment achevé. Cette unité, dénommée « Grésilles extension » (d’une emprise de l’ordre de 20 ha), est conçue d’après un plan-masse élaboré par Pierre Beck (…).
A la fin des années 1970, le parc total des logements du quartier se monte à 3.900 logements (3.531 collectifs et 369 individuels) dont 73 % sont édifiés par l’o.p.h.l.m. de Dijon.
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Sous l’impulsion d’un tissu associatif qui s’organise, mais, également, en référence aux directives de la circulaire Fontanet de 1961 sur les équipements des ensembles de plus de 1.000 logements, le quartier s’équipe progressivement. De 1964 à 1975, la Ville et les partenaires publics dotent le quartier des Grésilles d’une panoplie complète d’équipements. Ainsi, s’ajoutent à ceux déjà réalisés : le Collège Epirey et le Lycée Gustave Eiffel (1967), la crèche (1966), le centre social et la halte-garderie (1967), la piscine couverte (1970), la salle de sports (1972), le marché couvert (1966), le complexe sportif d’Epirey (1973), la Maire-annexe-maison de quartier (1975), le poste de Police (1975), et 52 commerces localisés au sein des 5 espaces commerciaux (place des Grésilles, Poincaré, Epirey, Billardon et Ribottée). De plus, 5 lignes du réseau des transports urbains desservent le quartier et la centrale thermique des Lochères assure, depuis fin 1957, le chauffage des logements dépendant du parc de l'OPHLM;
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Le quartier atteint son maximum d'habitants (15.320), en 1968. Pendant plus de deux décennies, ce quartier répond aux besoins d’une population qui correspond aux nouvelles « classes moyennes » qui montent en puissance avec la transformation de la société.
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Source : Dijon et son agglomération : Mutations urbaines, volume 1, page 349 à 359)
Avec l'aimable autorisation des auteurs
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Naissance et développement du quartier des Grésilles
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