Quand le Père VINCENEUX raconte ...
 
« Édifier la communauté paroissiale et bâtir l’église, c’est tout un »
PRIÈRE  EXAUCÉE…(1979) - (« Première pierre » de la Chapelle Sainte Bernadette)
 
Il y a 23 ans.C’était le 23 juin 1956, toujours sur la butte pelée des Grésilles qu’avec un apparent plaisir défonçaient les pelleteuses… Des drapeaux, des oriflammes, une affluence familiale, beaucoup d’enfants… Le chanoine Kir était là et Monseigneur Sembel…
 
Que se passait-il donc ?
 
C’était la bénédiction de la « première pierre » (qui n’était qu’un pauvre moellon de ciment…) de la Chapelle Sainte Bernadette, que s’étaient engagés à construire les premiers arrivants des Grésilles, aidés des paroissiens de Sainte Jeanne d’Arc.
 
C’était le départ d’une grande aventure et, dit en passant, prenait déjà la parole M. Payrard, notre si dévoué président des Compagnons-Bâtisseurs. Cette « première »…, il devait la renouveler si souvent depuis…
 
Le soleil était de la partie, faisant briller l’espérance sur chants, prières et discours.
 
Du milieu de l’assistance réjouie, montait une prière silencieuse : « Seigneur, pas seulement des moellons, mais beaucoup de pierres et… surtout des « pierres vivantes », pas seulement une chapelle et plus tard une église, mais surtout une communauté de foi, une paroisse fraternelle, « une Vivante Église ». Il s’en souvient encore. C’était l’humble et confiante prière du nouveau pasteur de la nouvelle paroisse.
 
Lorsqu’un curé arrive au lendemain de la consécration de l’église que son évêque l’a chargé de construire, il pousse certes un soupir de soulagement, mais il fait surtout monter une prière d’action de grâces vers le Seigneur qui ne lui a jamais manqué tout au long de cette grande aventure.
 
L'ESPRIT DE LA CONSTRUCTION (publié dans la Revue "Art sacré"-1964)
 
« Monsieur le Curé, croyez-moi, c’est une grâce pour une paroisse de construire son église. » Cette parole optimiste d’un curé, dont je visitais l’église qu’il venait de bâtir avec beaucoup de courage, a sans cesse illuminé le long et rude effort apostolique de la paroisse Sainte-Bernadette édifiant son église.
 
Des jardins et des champs qui devaient en quelques années se transformer en un quartier de grands ensembles, groupant aujourd’hui 20 000 habitants, en attendant de grandir encore, telle était la paroisse qui, en 1956, m’était échue, tel a été le contexte humain dans lequel et pour lequel s’est réalisée cette œuvre.
 
« Édifier la communauté des âmes et construire l’église de pierre ou de ciment, ça ne fait qu’un », telle est l’idée maîtresse qui a tout dirigé. L’une et l’autre de ces actions ne se gênent pas, ne s’opposent pas ; elles se complètent au contraire, s’enrichissant l’une de l’autre. Parmi les chrétiens, il n’y a pas d’un côté les « militants », membres d’action catholique, d’équipe liturgique, qui ont souci du spirituel et de l’autre les « actifs », membres du comité de construction, qui ont charge du matériel. C’est toute une communauté spirituelle et terrestre à la fois qui, pour la gloire de Dieu et l’évangélisation d’un quartier, construit l’église de béton et l’église des âmes. Encore une fois, ça ne fait qu’un et c’est une grâce.
 
C’est cet esprit qui, pendant les vacances 1956, en deux mois de travail bénévole accompli par les nouveaux habitants du quartier, a fait sortir de terre un simple bâtiment qui a servi jusqu’ici de chapelle provisoire et de première cité paroissiale.
 
C’est cet esprit qui a conduit aussitôt le curé-bâtisseur dans une route missionnaire, « la route Sainte-Bernadette », à travers les deux tiers des paroisses du diocèse pour alerter les chrétiens sur la grande pitié des quartiers sans église.
 
Le résultat : dès 1958, la construction d’une vaste cité paroissiale, avec tous les locaux nécessaires pour faire vivre une grande communauté chrétienne et surtout pour accueillir une affluence extraordinaire d’enfants et de jeunes. En premier lieu, l’édification de l’église des âmes…
 
C’est toujours ce même esprit qui a rassemblé et animé un ardent groupe d’hommes qui, autour de leurs prêtres, ont pris en main la responsabilité de la construction de leur église. Ils ont compris qu’à l’heure actuelle, « bâtir des églises » est une des tâches les plus urgentes de l’apostolat des laïcs.
 
Une église ne s’improvise pas. Il n’y a pas d’église passe-partout.
 
Il ne faut pas dire : « Je veux une église comme celle que j’ai vue à X ou Y… ». L’église qu’il faut construire, c’est l’église de tel quartier, de telle population, l’église de sa paroisse d’aujourd’hui et de demain.
 
Alors pour aller sûrement et faire vite et bien, il faut avoir la sagesse et le courage de … prendre son temps.
 
Aussi a-t-il déjà importé, et ce n’était pas chose facile, de connaître au mieux le territoire avec ses habitants, ses familles, ses jeunes et de prévoir l’avenir. C’est sur ces données qu’a pu s’édifier un programme de construction étudié avec le plus grand soin. L’esprit de la liturgie avec l’accueil et la communauté de prière, le souci d’une vraie pastorale avec l’ouverture au monde ont essayé de l’animer, sans oublier les préoccupations fonctionnelles et financières.
 
J’insiste sur un point essentiel : on ne s’improvise pas curé-bâtisseur. Sans doute il y a la grâce d’état, quand on accomplit sa tâche par obéissance à son évêque. Mais il faut bien la comprendre, cette grâce…
 
La grâce d’état consiste surtout à se rendre compte qu’il faut, avant de tout commencer, s’entourer de conseillers hautement qualifiés. Cette grâce a été pour moi de m’adresser aux Pères de L’ART SACRÉ, dont l’accueil a été si amical et dont les conseils m’ont été si précieux. C’est avec eux qu’ont été faites les dernières retouches du programme de construction, c’est avec eux qu’a été préparé le concours qui devait décider du maître d’œuvre.
 
Seize architectes affrontèrent ce concours. Ils eurent quatre mois pour préparer leurs esquisses, proposer leurs solutions et chiffrer leurs devis.
 
Je me souviendrai toujours de la grande réunion du jury, le 10 juin 1960, dans la salle des fêtes couverte de plans. La discussion fut serrée, houleuse même. Qu’allait-il en sortir ? Tous les membres avaient donné leur avis et particulièrement le curé-bâtisseur, avec une ardeur et une conviction que lui permettaient une étude longue et approfondie des projets ainsi que la connaissance de sa paroisse. C’est alors que Mgr Sembel, évêque de Dijon, se leva et, avec une simplicité bouleversante, dit ces quelques paroles : « Je ne suis pas connaisseur pour pouvoir décider, mais j’ai choisi un curé, je lui ai donné ma confiance. Il insiste en faveur d’un projet, c’est certainement celui qui, à son avis, convient le mieux à sa paroisse. Je vote pour ce projet. » Par 18 voix sur 23, le projet de M. Belmont était adopté.
 
Ce jour-là, par la confiance qu’il m’a exprimée et qu’il n’a cessé de me témoigner jusqu’à sa dernière visite au chantier, la veille de sa mort, ce jour-là mon évêque m’a donné la force d’affronter toutes les difficultés pour bâtir l’église. Grâce de Dieu…
 
L’architecte d’une église ! Que n’entend-on pas dire à son sujet ?
 
Pour certains, ce sont les relations, l’amitié qui doivent opérer ce choix. Mais relations et amitié ne donnent pas forcément l’aptitude qui convient pour bâtir une église.
 
Pour d’autres, l’architecte idéal est celui qui travaille sans honoraires ou presque. Mais le rabais, si désintéressé qu’il soit, est souvent le plus cher à l’exécution et le plus douteux quant à la réussite.
 
Un véritable architecte se choisit pour ses réalisations, sa vraie valeur, son esprit créateur, sa compréhension sans doute, mais surtout son talent et sa personnalité. On doit lui donner entière confiance et, dans un vrai labeur d’équipe, travailler chacun à sa place de maître d’œuvre ou de curé. C’est dans cet esprit épanouissant que nous avons bâti l’église Sainte-Bernadette.
 
Église baptismale et eucharistique, parfaitement intégrée au quartier sur lequel de toute part elle s’ouvre ; église simple et pauvre, sans aucune décoration, mais église belle par l’harmonie de ses volumes et de ses formes, par la sincérité de ses matériaux et l’audace de sa conception moderne, animée d’un grand souffle spirituel et architectural, telle est l’église de M. Belmont. La vraie beauté n’est ni triomphalisme, ni richesse. Elle s’édifie avec du talent, de l’âme et de la foi. Grâce de Dieu qu’une église belle… Le peuple chrétien aime prier dans la beauté.
 
Presque aussi difficile que le choix de l’architecte est celui des entreprises. C’est sans doute la grâce d’état qui m’a fait profiter des commissions techniques et administratives du comité diocésain. Elles m’ont considérablement aidé. Nous ne sommes pas faits, nous prêtres, pour traiter avec les entrepreneurs, avec les établissements de crédit. J’ai admiré la compétence et l’esprit de décision de ces laïcs dévoués qui ont assumé les responsabilités des adjudications. Je leur dois beaucoup de soucis en moins et beaucoup d’économies en plus.
 
Cet esprit qu’ont voulu mettre dans leur travail ceux qui ont pensé l’église Sainte-Bernadette n’a pas moins animé ceux qui l’ont bâtie, maîtres d’entreprises et compagnons, dirigés par un architecte d’exécution remarquable de compétence. Chaque jour, sur le chantier, j’ai vu de près leurs qualités et leur conscience professionnelles, leur courage, leur audace, leur bel esprit d’équipe. Ils savaient que ce n’était pas un bâtiment comme un autre qu’ils construisaient. Ils y ont mis leur intelligence et leur cœur, leur idéal et leur foi. Ainsi travaillaient les bâtisseurs des cathédrales.
 
La grâce d’état est à dimension de la tâche qui incombe. L’aspect le plus rude de la charge de curé-bâtisseur est celui du financement de son église. Cette grâce a été « prévenante » pour moi, puisque jeune vicaire, il y a 25 ans, j’ai eu la chance d’être à l’école d’un grand bâtisseur, Mgr Tattevin, qui a édifié la belle église du Sacré-Cœur de Dijon, puis l’église Saint-Jean-Bosco. J’ai découvert en lui un exemple magnifique de foi et d’audace, de ténacité et d’ingéniosité. Il m’a également appris que pour avoir le courage de tendre la main et de demander sans honte et sans lassitude, il fallait accepter d’être souvent incompris, il fallait surtout avoir une âme de pauvre.
 
N’est-ce pas grâce encore, dans une réunion avec une sympathique équipe d’hommes où nous cherchions ensemble comment assurer un financement sûr et continu, d’avoir entendu l’un d’eux lancer le nom de « Compagnon-Bâtisseur » et un autre donner l’idée de «l’offrande mensuelle de la valeur d’une heure de son travail» ? La Confrérie des Compagnons-Bâtisseurs était fondée.
 
C’était en 1959. Quelques jours après, sur la place de la future église on a planté une grande Croix. « Ô Crux, ave, spes unica. » Depuis, la confiance n’a jamais failli. Dans un grand élan, en vingt mois, l’église Sainte-Bernadette s’est édifiée et le 10 mai dernier, au jour prévu depuis longtemps, elle a été consacrée.
 
C’est alors que s’est vérifiée la pensée maîtresse qui a tout dirigé : « Édifier la communauté paroissiale et bâtir l’église, c’est tout un. »
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